On va commencer avec un "duel" qui me tient vraiment à coeur, ne serait-ce que pour rendre hommage à un film sur lequel j'ai tout de même pompé l'idée de ce blog : Fight Club bien entendu. Et pour cela, qu'y aurait-il de mieux que de l'opposer à un film qui selon moi défend le même thème, American Beauty ?
J'ai vu American Beauty il y a peu de temps, et il m'a réellement évoque Fight Club que j'ai vu il y a déjà pas mal de temps, mais qui ne m'a éclaboussé la figure que très récemment (un an ou deux).
J'avais beaucoup d'appréhension quant à ma vision d'American Beauty, après tout ce qui m'en avait été dit. J'ai tout entendu sur ce film : ça allait de "chef d'oeuvre dépeignant notre société" à "un de ces films à la mode qui croient critiquer quelque chose". J'avais peur du film typique comme American History X ou Collision, des films assez pauvres qui n'ont pour seul but que de dénoncer les mechants-pas-beaux-americains-qui-sont-tres-mechants-ces-mechants-pas-beaux-americains, bref, assez niais somme toutes. Mais de tous ces films à la mode, American Beauty est le moins pire, parce que plus léger, plus ironique, plus sobre et moins grotesque. Même si finalement tout le déroulement de l'histoire amène à une fin plus que grotesque, qui est censée nous faire dire "Comme quoi, les apparences sont trompeuses parfois...". Tout le film est base là-dessus.
Un homme va décider de descendre aux enfers, pour s'apercevoir que son entourage n'est pas ce qu'il paraissait, lorsqu'il était encore "l'un des leurs". Mais c'est finalement ce manque de nuance et ce thème traite de manière plus que grossière (dans la dernière scène, chacun va devenir l'inverse de ce qu'il semblait être, donc soi-même) qui finalement nous amène plus à sourire qu'à se sentir concerne. Avant de "tomber sur" la dernière scène, il n'y a finalement que très peu de construction, et donc on tombe de très haut. Il l'avait à coeur cette dernière scène Mendès... A tel point qu'il en a sacrifie le reste du film qui n'avance pas, et on se retrouve propulse à l'instant final a 200 km de là où on tournait en rond depuis le début. Même si je suis bien conscient que c'est souvent comme ça que tombent les apparences : en une scène-clé de la vie. Mais pas de manière aussi facile, et aussi théâtrale.
Le film reste suspendu à l'interprétation de Kevin Spacey, magistral. On regretterait juste qu'il n'explose pas un peu plus. Son jeu est très nuancé, et sauve le film de la catastrophe en créant le seul personnage qui va évoluer de bout en bout. Spacey, acteur à la mode lui aussi, mais qui a perce avec un film de... David Fincher (et bien sûr avec son Verbal Kint pour Singer), et qui est la première ébauche de Fight Club.
Se7en était énorme, dans le sens ou il remettait fondamentalement en cause tout le cinéma (générique à l'envers !!!), créait un personnage qui quelques années plus tard est dans tous les films pseudo-philosophiques américains du genre Collateral, à savoir le "méchant qui nous fait plus douter sur nos propres convictions que sur les siennes" (le plus incroyable, c'est qu'on pourrait dire la même chose de Fight Club (sans le méchant) ; ce film a lancé la mode des "American Beauty" justement... Alors, Fincher moteur de pensée du ciné moderne ? La seule différence, c'est que lui il le fait bien... Rares sont les gens qui, plus ils en rajoutent, plus ça prend forme. C'est le cas de Fincher, pas de ses fils spirituels...) , et enfin créer un de ces terribles paradoxes que j'aime tant, j'ai l'impression des fois que toute ma vie est faite de ce genre de paradoxes. Et tout cela, que ça soit dans l'intention, dans la réalisation, et dans le résultat, choque pour l'esprit comme pour le coeur, la raison tout comme le feeling. David Fincher se pose en génie... et nous n'avons encore rien vu.
Fincher pose en un film plus d'éléments et de trouvailles que beaucoup de réalisateurs n'arriveront jamais à mettre dans toute leur filmo. Fight Club est un film à trois ou quatre degrés de lecture (peut-être plus), tous plus passionnants les uns que les autres, tous se servant les uns des autres, toutes en adéquations les unes par rapport aux autres. Il n'est plus question de fond ou de forme avec Fincher, car le support lui même est inclus dans la logique de destruction engendrée et démontrée (aussi bien la logique que la destruction). Quant au fond, il est la raison d'être de notre société, et les questionnements de tout individu pris dans l'engrenage.
Ca n'a plus de sens car ça en a trop, ça a trop de sens car ça n'en a plus. C'est Fight Club, un des films les plus riches de tous les temps, qui vous prend au tripes, et en fait de la charpie. Et ne parlons pas de l'état de vos neurones, c'est pire encore. Du 19 sur 20 à perte de vue. Fight Club, le film qui vous fait dire "Eh oui il y a bien longtemps, Brad Pitt était un acteur".
American Beauty :
Note Subjective : 12/20
Note Subjectivement Objective : 14/20
Fight Club :
Note Subjective : 19/20
Note Subjectivement Objective : 19/20
Vainqueur Probable Objectivement Subjectif : Fight Club